Raymond Alcovère
Romans
- Le sourire de Cézanne, à paraître, mai 2007, n & b éditions
- Fugue baroque, n & b éditions 1998. Prix 98 de la ville de Balma
- 13, cours des chevaliers du mail (roman collectif), Éditions du Ricochet 1998
Recueils collectifs
- Mai 68, échos du Languedoc, éditions Cap Béar, 2008, recueil collectif, Autour des Auteurs.
- Nouvelles de la révolte, 1907-2007, mars 2007, Cap Bear éditions
- D’ici, nouvelles écrites et illustrées en Languedoc-Roussillon, mai 2006, Région
- Les belles palissades, nouvelles, 2002, Décharge et Gros textes
Nouvelles
Une trentaine de nouvelles parues dans différentes revues (Brèves, Encres Vagabondes, L’Encrier, Sapriphage, Salmigondis, L’Ingénu, Casse, Martobre, Noir et Blanc magazine, Poésie Première, La licorne d’Hannibal, Harfang, Vivre en Languedoc-Roussillon, Souffles, Le Passe-Muraille, etc.).
Articles
Une quarantaine d’articles, notes de lectures, dossiers, parus dans diverses revues (Dissonances, Encres Vagabondes, Sol’Air, Brèves, Rictus, Salmigondis, Les Cahiers de l’Alba, Le Passe-muraille, etc.)
Revue
Rédacteur en chef de 2002 à 2004 de la revue trimestrielle L’instant du monde, passerelles artistiques : Rencontres texte/image entre des écrivains et des artistes plasticiens. Huit numéros parus.
Divers
- Exposition à la chapelle Sainte-Anne à Arles en novembre 2002 (textes tableaux et enregistrements sonores) avec le plasticien François Plazy et les comédiens Sylvie Wacrenier et Jean Bard autour de l’œuvre du poète et diplomate Saint-John Perse.
- Participation à l’exposition collective : Ils signent, rencontre entre 26 écrivains et 26 personnes sourdes, par le photographe Richard Bruston.
- Nombreux travaux texte/image, notamment avec l’artiste plasticien Frédérique Azaïs
Extraits
Extrait n° 1 roman : Fugue baroque
Je me demande comment j'ai pu vivre jusqu'à aujourd'hui. Le temps est long, les instants innombrables, inamovibles, ne s'arrêtent jamais, défilent lentement sur l'échelle des heures. Qu'ai-je fait de ma vie ? Je l'ai aimée, bien sûr, comme la seule chose qui soit. Et encore...
Au volant de ma voiture, aujourd'hui, entre chien et loup. L'autoroute est rectiligne, presque personne, la musique bourdonne, gobe les kilomètres. “Got a sweet black angel “. J’ai peur aujourd'hui, peur d'être devenu un homme efficace, rationnel, posé, méticuleux. Chacun est à sa place, je le vois bien, il y a une logique dans les choses, si peu de folie. La décrépitude doucement, déjà quelques signes avant-coureurs. Peut-être ai-je déjà atteint le sommet, le début de la pente descendante. Maintenant tout va s'effilocher, doucement s'évanouir. C'est biologique. “Got upon my heart”...
Insensible accélération de la vitesse, du volume sonore. Je suis en pleine possession de mes moyens. Qu'est-ce qui m'attend ? Les amis qui s'en vont, les corps qui se fanent, les souvenirs...
Tombée de la nuit. Le vent a poussé les nuages vers le couchant. Crescendo de musique. Des camions, longs stylets gris, s’effilochent sur le ruban de l'horizon. La mer est là, proche, ses effluves, vitres ouvertes... J'accélère toujours, les souvenirs accourent, pluie drue, précipitation.
Ce rêve, une nuit qui n’en finit pas, ne se termine pas par une aurore vague, le grand réveil de la vie, matutinale, fébrile, industrieuse... Plutôt rouler, toujours plus vite, avec la musique, légère ou opaque, peu importe. Jauge près de zéro. Plus envie de m'arrêter. Au loin, comme une station orbitale, une station-service, tous feux allumés dans la nuit vide, ouverte. Est-ce le début ou la fin ?
Extrait n° 2 nouvelle : La verticale du monde
De notre terrasse à Rome on voyait le Château Saint-Ange et le meilleur moment pour faire l’amour c’est quand la lumière déclinait et restait agrippée aux pierres, un instant d’éternité. Dans les palpitations de l’air et les odeurs mauves des jacarandas, adagio sostenuto, la Sonate au clair de lune était le moment de la plus grande dispersion, quand tout semble retenu dans le ciel, déposé comme un rideau de théâtre, lueurs pourpres, lisses et fauves dans le lointain, reflets ondoyants sur les toits, les murs, les visages. La beauté, improbable, saisie.
Dans cette ville minérale, de méandres, replis, fuites, retournements, on poursuivait d’église en palazzo les tableaux de Caravaggio, pure merveille, absolue présence. Il y avait ce cou, miracle d’équilibre, douceur et étrangeté, ce cou si sublime de la Madone de Lorette à Sant’ Agostino, impossible de s’en détacher et cette bibliothèque en forme de navire juste à côté où on est entrés tous les deux, comme dans l’univers magique du Nom de la rose. Le monde n’existait que pour nous.
Tu cherchais Les trois âges de la femme de Gustav Klimt, on l’a découvert sur les bords de la Villa Borghese, perdus dans ce musée immense, froid et un rien lugubre. Jamais les reproductions ne le montrent en entier, la vieille femme cache ses yeux, devant le visage rayonnant de la maternité.
A Rome on oublie tout. Le temps, l’histoire sont tellement inscrits dans le marbre, les rues, les mœurs, les corps, qu’un beau matin on se réveille différent. Subrepticement, on a glissé hors du temps. Avec lui peines et remords sont envolés, c’est infiniment surprenant et voluptueux.
Dans une luminosité frêle et coupante, les contours des êtres se dessinent mieux, un univers mouvant émerge des ténèbres. Le reste du monde peut s’écrouler et il s’écroule d’ailleurs, comme toujours depuis les siècles des siècles, peu importe, un abîme s’est creusé. Une certaine lassitude n’a plus lieu d’être. Inutile de rejouer la sempiternelle comédie, début du mouvement, andante, aurore, or du temps, les chemins balisés sont des impasses.

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mail : raymond.alcovere@neuf.fr
Son blog : raymondalcovere.hautetfort.com