Françoise Barry
Bibliographie
- Le songe de Maria, roman, éditions Les Presses du Midi, 2012
- Les Hommes du Viaduc, roman, Éd. GabriAndre, 2004
- L’Étrangère des Hautes Terres, roman, Éd. GabriAndre, 2006, prix Vallée Livres Cévennes 2006
- Justine, une oubliée de Rieucros, roman, Éd. de La Mirandole, 2007
- Souffles de vie, roman, Éd. l’Harmattan, 2010
- Le Jour de Vartavar, roman, Éd. des Presses du Midi, 2010
- Le Saute-Rigoles, roman, Éd. Les Presses du Midi, 2011
Extraits
Justine, une oubliée de Rieucros
Éd. de La Mirandole - 2007
L’un des gardes hurla :
- Mina Brash ! Debout !
La surveillante désigna la paillasse de la Polonaise. Avant que Justine ne réagisse, tétanisée par une folle panique, Mina fut sortie du lit sauvagement. Hagarde, pieds nus, ses longs cheveux noirs tombant sur sa chemise de nuit, ce fut une enfant qu’ils traînèrent.
La baraque toute entière manifesta son hostilité, le camp fut réveillé par les cris des femmes repoussées à coups de crosse. Justine lâcha prise, son poignet blessé par une de ces brutes. Elle courut après Mina, lui fit enfiler un pull, sa jupe sur sa chemise de nuit. Amélie lui donna ses bottes et son sac à main.
Il n’y eut bientôt plus qu’un petit groupe affreusement pitoyable de femmes et d’enfants aux visages défaits, aux vêtements déchirés ou mis à la hâte qui tentait de mettre de l’ordre dans leur tenue. La fierté devant l’ennemi. Les deux amies pleuraient en appelant Mina. Elle se retourna, leur sourit.
Des femmes avancèrent vers le camion. Justine ne quitta plus des yeux son amie. Ce fut alors qu’elle remarqua deux enfants qui se rapprochaient d’elle. Ils vinrent glisser spontanément leurs mains dans celles de la jeune Polonaise, comme font les enfants perdus qui s’en remettent à l’adulte de rencontre, avec confiance et abandon. Leurs poignets-brindilles se laissèrent guidés sans crainte. Tous les trois montèrent dans le camion. À peine si les deux Françaises distinguèrent Mina. Suzanne, déléguée par la Cimade, à son tour se hissa dans le véhicule, elle ferait un bout de chemin avec le groupe.
Soudain, la Marseillaise éclata dans toutes les baraques, partie sans doute des Politiques françaises. Une rude secousse projeta les occupants du camion les uns contre les autres ; Mina se redressa, leva les bras vers ses amies, de ses grands yeux noirs s’écoulèrent de grosses larmes qui brillèrent sur son visage de madone. Dernier adieu avant l’horreur.
L’Étrangère des Hautes Terres
Éd. GabriAndre - 2006
Au-dessus d’eux flottaient des nuages bas, semblables à du coton teint, si bas que le petit Léo aurait voulu tendre la main pour les presser. Soudain, la main calleuse de Jeannou emprisonna la sienne. Il leva ses grands yeux verts où toute méfiance avait disparu, vers cet homme silencieux, auprès duquel il se sentait si grand, si solide. Son regard rencontra les yeux verts de l’adulte embués de larmes. Son cœur déborda d’amour. Sa bouche s’entrouvrit pour crier bien haut : « Papa ». Passé le moment de saisissement provoqué par cette parole, Jeannou souleva l’enfant, le serra dans ses bras à l’étouffer. Maladroit, il ne put prononcer un mot.
De grosses gouttes commençaient à rafraîchir l’atmosphère, elles dévoraient rapidement les larmes de joie qui s’écoulaient lentement sur les joues creuses de Jean-Marie. L’Angélus leur apprit à la volée qu’il était l’heure de la traite. Main dans la main, ils foulèrent leur terre, celle des Roche, dont ils sentaient la douce chaleur monter.
Louise, sur le pas de la porte, leur sourit. Enfin, le soleil allait briller pour eux. Au loin, au-dessus du Roc des Echelles, un arc en ciel se dessinait, comme présage d’un meilleur avenir.

Nom d’auteur : Françoise Seuzaret-Barry
Courriel : francoise.barry0816@orange.fr
Bio : Je suis née dans la douceur d’un beau crépuscule d’octobre, quand le massif du Tanargue prend feu, dans une de ces vallées ardéchoises plus ouvertes que ses voisines, sur une terre brunâtre de lave et de basalte.
Mes dix premières années sur ce sol volcanique se sont trop vite envolées, emportant avec elles des lambeaux de mon enfance. J’en garde encore des odeurs de mousse et de fougères humides de rosée, des cris de joie d’enfants en liberté courant dans les herbes hautes, mais aussi la nostalgie de ces jours remplis d’insouciance et de rêve.
Arrachée brutalement à cette terre le mois de mes dix ans, j’ai dû naître une seconde fois.
La lecture a été mon refuge. Citadine malgré moi, j’ai fréquenté à Nîmes le lycée Feuchères puis le lycée Montaury, avant de débuter une carrière d’institutrice dans l’Ardèche, ensuite dans le Gard. Après 7 ans passés en coopération à Tiaret en Algérie, me voilà dans l’Oise, directrice et professeur des écoles. C’est en Lozère que j’ai retrouvé le rythme des saisons. J’y ai enseigné durant 17 ans dans l’enseignement spécialisé, recevant dans mes classes des cas sociaux puis des délinquants de la couronne parisienne, enfin des adolescents condamnés à des peines de prison. Des projets humanitaires m’ont amenée à rejoindre, chaque année, une partie de mes élèves au Sénégal.
Malgré tous ces voyages, je retourne régulièrement sur les traces de mes sandales de gamine sage et secrète, dans ces sentiers conduisant sous les châtaigniers au pied de mon vieux volcan. Là, dans un silence apaisant, je retrouve alors ma véritable identité.
En 2004, installée dans le Gard, après une vie familiale et professionnelle bien remplie, j’ai pu m’essayer au roman.