Annick Dénoyel
Bibliographie
- Un tout petit nuage, recueil de nouvelles, éditions Aléas, 2006
- À l’article de l’amour, recueil de textes érotiques poétiquement corrects, éditions Aléas, 2007
- En fin de conte, recueil de contes et histoires, éditions Aléas, 2008
Théâtre
- Promenons-nous dans l’émoi, Compagnie l’Aventurine, représentations 2007 et 2008.
Extraits
En fin de conte
Éditions Aléas - 2008
« Si m'en croyez, ayez soin d'aiguiser vos fleurets si prince charmant voulez garder. On dit dans cette contrée que morale il ne faut point donner, que l'entendeur est assez grand pour cueillir tout seul leçons comme cynorhodons. N'en croyez rien, Mesdames, c'est le malin qui cherche à vous ôter épines pour mieux fouiller sous vos jupons et vous jeter après usage sans le moindre feuillage. »
L’auteure aime à convoquer le passé et lui faire traverser la modernité — La belle au bois dormant en est l’exemple le plus frappant et le plus direct — mais cette intention se retrouve aussi par la façon dont elle use de la langue, langue qui parfois reste son seul et unique propos comme dans Les îles ont des ailes.
À l'article de l'amour
Éditions Aléas - 2007
[…] Tenez, le verbe “ baiser ” que je jugeais vulgaire, à l’utiliser, s’est mis à m’accorder tout son suc si gentiment que plus j’allais l’usant, plus il devenait doux et lisse à entendre et si bien chantant avec Louise Labé :
« Baise m’encor, rebaise-moi et baise. »
Petit farceur, des lèvres aux lèvres a butiné. Il ne s’en est pas remis, s’en est trouvé sali, est devenu salé, et pourquoi je vous le demande ? Baiser posé sur vulve énamourée ne peut en être que taché. Alors, je vous le dis, baiser comme voudrez, du bout des lèvres, du bout des pieds puisque, à embrasser, la langue se perd dans son vaste corps et qu’en grande folie, ne sait plus où le bras, où la bouche, où le sexe.
Qu’elle est cette pruderie qui, au siècle où l’on se croit libéré, veut que la femme ne touche pas aux termes du sexe sans s’y salir les doigts ? Les hommes confondraient-ils les mots avec la chose ? Et cette chose, ne la saisissent-ils qu’avec des pincettes, des gants, le nez bouché, les yeux bandés, les dents serrées ? Il me semble qu’ils la prennent joyeusement à pleines mains, comme également je le veux faire avec les mots. Écrire est un voyage aussi fécond que lire à condition de réveiller la langue, de la branler, l’ensemencer. Que nos yeux se dessillent et voient enfin le monde rajeuni. Qu’importe que la plume soit mâle ou femelle. Louise Labé revendiquait déjà cette liberté, il y a cinq siècles. Vide est le temps. Les sciences évoluent mais notre cœur reste intact. Il y aura toujours ceux qui veulent enchanter le monde et les autres.
Quant à moi, je vous promets un brin de sensation, un autre d’émotion, un autre encore de sentiment et si désir avez de cueillir toute la tige et de plonger avec délice entier dans le calice, n’oyez oncques qui voudrait vous en dissuader et faites ce que voudrez. Puisse ce livre vous fouetter les sens et vous faire courir tout dreit chez vos tendres amours.
Et moi, née pour être très sage, laissez-moi faire l’amour un peu coquin avec grammaire et dictionnaire.

mail : annick.denoyel@laposte.net
Bio : Très jeune auteure traversant allègrement la soixantaine : après avoir enseigné les sciences économiques pendant trente ans à l’Université, à Paris puis à Valence, Annick Dénoyel prend une retraite anticipée pour se consacrer à la création et tout particulièrement à la littérature. Depuis c’est avec jubilation qu’elle écrit nouvelles, contes, poèmes, essai, carnets de rêveries, mais aussi peint, sculpte… Pour elle, l’art, c’est la vie.
Animations :
Ateliers d’écriture en lycée, médiathèque et à domicile. Lectures publiques.