Régine Detambel
Romans
- Notre-Dame des Sept Douleurs, Gallimard, 2008
- Pandémonium (éd. Gallimard, Coll. « Blanche », 2006)
- Mésanges (éd. Gallimard, Coll. « Blanche », 2003)
- La Chambre d’écho (éd. Le Seuil, Coll. « Cadre rouge », 2001) + Point Seuil n° 1062
- La Patience sauvage (éd. Gallimard, Coll. « Blanche », 1999)
Trophée Chêne de l’Agence Méditerranéenne pour l’Environnement - Elle ferait battre les montagnes (éd. Gallimard, Coll. « Blanche », 1998)
Prix Anna de Noailles de l’Académie française - La Verrière (éd. Gallimard, Coll. « Blanche », 1996) + Folio n° 3107
- Le Ventilateur (éd. Gallimard, Coll. « Blanche », 1995)
- Le Jardin clos (éd. Gallimard, Coll. « Blanche », 1994)
Prix de l’Académie de Languedoc - La Lune dans le rectangle du patio (éd. Gallimard, Coll. « Haute Enfance », 1994)
- Le Vélin (éd. Julliard, 1993)
- La Quatrième orange (éd. Julliard, 1992) Prix Erckmann-Chatrian
- Le long Séjour (éd. Julliard, 1991) Prix Alain-Fournier
- La Modéliste (éd. Julliard, 1990) Prix Antigone
- L’Orchestre et la semeuse (éd. Julliard, 1990) Bourse Cino Del Duca
- L’Amputation (éd. Julliard, 1990) Prix Thyde Monnier de la SGDL
Textes brefs
- Les Enfants se défont par l’oreille (éd. Fata Morgana, 2006)
- Blasons d’un corps enfantin (éd. Fata Morgana, 2000)
- La Ligne âpre (éd. Christian Bourgois Editeur, 1998)
- Album (éd. Maren Sell/Calmann-Lévy, Coll. « Petite Bibliothèque du XXe siècle », 1995)
- Graveurs d’enfance (éd. Christian Bourgois Editeur, 1993) + Folio n° 3637
- Les Écarts majeurs (éd. Julliard, 1993) + version luxe
Essais
- Le Syndrome de Diogène, éloge des vieillesses, Actes Sud, 2008
- Bernard Noël, poète épithélial, Jean-Michel Place, 2007
- Petit éloge de la peau, Folio, 2007
- Bernard Noël, poète épithélial (éd. Jean-Michel Place)
- Mille Morceaux (éd. Fata Morgana)
- L’Écrivaillon ou l’enfance de l’écriture (éd. Gallimard, Coll. « Haute Enfance », 1998)
- Colette. Comme une flore, comme un zoo (éd. Stock, Coll. « Echanges », 1997)
Poésie
- Icônes (éd. Champ Vallon, 1999)
- Emulsions (éd. Champ Vallon, 2003)
Livres d'artiste
- Ecailles (éd. D’Art d’Aix, 1999)
- Emulsions, avec Barbara Kabot (éd. D’Art d’Aix, 2000)
- Les enfants se défont par l’oreille, avec des encres origi-nales de Colette Deblé(éd. Fata Morgana, 2001)
- Pli selon pli, avec un lavis d’Anne Slacik (2003)
- Teinturière de Régine Detambel, avec des images de Barbara Kabot(Coll. « Petit à petit », Propos 2 éditions, 2003)
- La Vitesse du poème de Alin Anseeuw, avec des encres de Régine Detambel (coll. « Petit à petit », Propos 2 éditions, 2004)
- Lierre, avec des collages de Claudie Laks(2004)
- Les Rougets de André Pieyre de Mandiargues, avec des encres de Régine Detambel (éd. Fata Morgana, 2004)
Livres pour la jeunesse
- Des petits riens au goût de citron, nouvelles, Thierry Magnier, 2008
- La Fille mosaïque, Les 400 Coups, 2008
Aux Éditions Gallimard
Les Contes d’Apothicaire (Coll. « La Bibliothèque Gallimard », n° 2, 1998)
Aux Éditions Gallimard Jeunesse
Solos, (Coll. « Page Blanche », 1996)
Les Massachusetts prennent la plume (« Folio Junior », n° 805, 1997) Ill. A. Dumas
La Comédie des mots (Coll. « Page Blanche », 1997)
Le Poème indigo (Coll. « Page Blanche », 1998)
Le Mystère de la dame de fer (« Folio Junior », n° 839, 1998) Photos P. Dolémieux
Le Valet de carreau (Coll. « Page Blanche », 1998)
Premier galop, avec C. Féret-Fleury (« Drôles d’aventures » n°18, 1999) Ill. N. Wintz
La Nouvelle Comédie des mots (Coll. « Page Blanche », 1999)
La Fille Mosaïque (Coll. « Frontières », 1999)
Jimmy et le reggae (Coll. « Musiques d’ailleurs » + un CD audio, 2001) Ill. E. Usdin
La Comédie des mots (2004)
Aux Éditions L’Atelier du Père Castor/Flammarion :
L’Arbre à palabres (Coll. « Castor Poche », n° 604, 1997) Illustrations I. Chatellard
Le Prince aux pinces d’or (Coll. « Faim de loup », 1998) Illustrations M. Boucher
Ernest Poustoufle cavale après M. Cruciphore (« Castor Po-che », n°660, 1998) Ill. Gess
Ernest Poustoufle danse la javanaise (« Castor Poche », n° 661, 1998) Ill. Gess.
Ernest Poustoufle fait son numéro (« Castor Poche », n° 708, 1999) Ill. Gess
Aux Éditions Hachette Jeunesse :
Le Mémo des gens merveilleux (« LP Jeunesse », n° 1306, 1999) Ill. Boiry.
La Boîte aux lettres de Souriceau (« LP Jeunesse », n° 1308, 1999) Ill. B. Alemagna
Aux Éditions Pocket Jeunesse :
Le Rêve de Tanger (Coll. « Toi + Moi », n° J 1316, 2004)
Un Noël pas comme les autres (Coll. « Kid Pocket », n° J 913, 1999) Ill. Catel
Aux Éditions Romain Pages :
Rosalie Tête-en-l’air et le monstre (Coll. « Les Contes du Gecko », 2001)
Aux Éditions Thierry Magnier :
Le Rêve de Tanger (Coll. « Aller Simple », 1998)
Aux Éditions Bayard Jeunesse :
Ecoute-moi (2000)
Jalouse (2003)
Extraits
Pandémonium
Gallimard - 2006
Chapitre 1
Bien avant d’être toréés par la vieillesse, les Wagner avaient connu d’âpres démêlés avec la justice. Cinquante-huit ans auparavant, alors même que John Ford achevait le tournage de My darling Clementine, Joachim Wagner, propriétaire et directeur de la Gloriette, une maison de retraite à Vignac (Aude), fut écroué à Montpellier. On mit également en examen, pour hébergement incompatible avec la dignité humaine et falsification de chèques, deux de ses trois frères, sa propre femme Suzanne et ses trois belles-sœurs Diane, Athéna et Olive. De tels actes entraînent nécessairement punition exemplaire des coupables et solennelle réparation. La manie du commun dénominateur, propre aux accusateurs, eut tôt fait d’admettre tous les individus Wagner (à la blondeur suspecte et à demi translucide de Mosellans émigrés vers le Midi de la France en 1870) et leurs femmes (châtaines comme des violons) sous la même rubrique, celle des démons. La rhétorique fit entendre sa musiquette : des démons on sauta au Diable puis à la sorcellerie, pour revenir à Dieu et à la charité chrétienne, au terme d’une impeccable ascension. Il ne restait désormais plus à l’accusation qu’à débaptiser la Gloriette pour la renommer Pandémonium, du nom de la capitale des Enfers.
Ils avaient placé toutes leurs forces dans la mort des autres, ils durent les réinvestir dans leur propre existence. En l’espace de deux mois — du lundi qui suivit le procès jusqu’à la mi-septembre mil neuf cent quarante-six — les Wagner travaillèrent durement à aménager l’ancien hospice en maison d’habitation pour quatre couples dans la force de l’âge, et un enfant batailleur prénommé Pierrot. Joachim fit les comptes, passa ses nuits à étudier les cours de l’or et du nickel et les manuels de boursicotage. Un médecin est un peu apothicaire et un apothicaire sait émulsionner la fine poudre des taux. La Gloriette avait rapporté gros. Il y avait beaucoup d’argent à investir. L’après-guerre pourrait s’avérer économiquement faste. Joachim réfléchissait en tirant sur sa pipe. Les sept autres l’écoutaient docilement, comme toujours. Pendant près de cinquante ans continueraient de faire corps avec Joachim, contre le reste du monde, de gré ou de force, en un rassemblement cohérent, massif, uniforme, tous orientés dans le même sens, équidistants, un vrai banc de poissons, avec ses mouvements synchronisés et brusques de goûts, de plaisirs et de peurs.
D’abord ils rénovèrent et repeignirent entièrement — façade comprise, en ôtant la vieille pancarte de bois grinçant et de fer forgé au nom de la Gloriette, en détachant soigneusement des murs moisis la vigne rouge pleine d’araignées et de poissons d’argent — leur Pandémonium. S’y cloîtrèrent. Blanchirent au chlore les pierres apparentes autour des fenêtres. En toussèrent. En éternuèrent. En pleurèrent. Plantèrent une haie de thuyas partout où les murs hérissés de tessons nécessitaient un voile supplémentaire pour se protéger des regards de la rue. Puis, au pied du mur, de crucifiants agaves aptes à décourager les escalades. Remplacèrent le grand portail de fer forgé par deux grands vantaux de bois pleins, hauts comme un étage et totalement aveugles, auxquels ils durent renoncer, dans les années soixante, quand les jeunes Vignacois y firent saigner des injures de peinture rouge. Reconstruisirent les tours qu’ils avaient laissé s’effondrer, au temps de l’hospice, pour faire de l’ensoleillée un atelier pour Olive et de la plus septentrionale la bibliothèque de Franz-Gustav, qui portait alors, avant l’aggravation de son diabète et la rapide cécité qu’elle provoqua, de simples lunettes de presbyte à monture dorée.
A l’été deux mille quatre, les huit réprouvés, désormais vieillards, résidaient encore à Pandémonium et se disaient heureux d’être restés là toute leur vie, malgré les lettres de menace, les injures barbouillées et des actes de vandalisme qui ne perdirent jamais de leur vigueur depuis le procès de mil neuf cent quarante-six. « Nous l’avons choisi » affirmait Louis. En effet, s’il avait fallu qu’ils se claquemurent sous la contrainte, depuis l’après-guerre, ils en auraient évidemment été malades. L’aveugle Franz-Gustav se plaignait encore, avec une parfaite mauvaise foi, du fait d’avoir stupidement perdu deux années de son existence : celles que, pioupiou, il dut dépenser en voyages ferroviaires, avant de croupir à Vignac. Leur vie à Pandémonium n’était donc pas un supplice sanglant, mais plutôt un martyre blanc, dans le secret d’une chambre grande comme une cellule monastique, l’un de ces tourments que l’on s’inflige à soi-même pendant toute une vie.
Très tôt, Pierrot Wagner, le jeune fils de la maison, était mort, et sa fille unique, Marie, enfuie, à sa manière. L’un s’était fracassé, un mercredi de l’année mil neuf cent soixante-sept, dans le pare-brise de la DS grise que Joachim conduisait pour rapporter les courses du marché de Narbonne. Donatien, le benjamin des quatre frères, également passager de la DS, ne revint jamais au monde. Vivant dans un certain sens et mort dans un autre, il reposait sur son lit de gisant, depuis près de quarante ans, avec un maternage régulier et une sonde gastrique pour le nourrir. Quant à la petite Marie, qui ne comptait pas plus de deux mois lorsqu’on enterra son père, elle fut emprisonnée, tout juste vingt-cinq ans plus tard, et sous l’inculpation d’homicide, pour avoir empoisonné son époux à l’aide d’un pinceau badigeonné d’arsenic. La détenue laissait un rejeton à Pandémonium. C’est ainsi que, tout enfant, Nicolas fut livré aux démons.

mail : regine.detambel
site : www.detambel.com
Le site internet recense l'ensemble de ses ouvrages et propose un calendrier de ses parutions et de ses déplacements.
Bio :Régine Detambel est née le 7 octobre 1963.
Son premier ouvrage est paru aux Éditions Julliard, en janvier 1990, sous l’égide de Christian Bourgois et Elisabeth Gille. Depuis 1994, ses romans paraissent aux éditions Gallimard, dans la collection Blanche.
Le Jardin clos (Gallimard, 1994), La Verrière (Gallimard, 1996), La Ligne âpre (Christian Bourgois, 1998), La Patience sauvage (Gallimard, 1999), Blasons d'un corps enfantin (Fata Morgana, 2000), La Chambre d'écho (Seuil, 2001), Graveurs d'enfance (Folio, 2001), Mésanges (Gallimard, 2003) et Pandémonium (Gallimard, 2006) comptent parmi ses textes les plus aboutis.
Régine Detambel est par ailleurs conférencière, animatrice d’ateliers d’écriture et formatrice d’animateurs d’ateliers d’écriture. Sa formation de masseur-kinésithérapeute lui permet d’aborder notamment la thématique du corps. Elle a beaucoup écrit sur l’enfance, les jeux oulipiens, le corps aimant ou souffrant, la vieillesse. Elle a également entamé une œuvre picturale (lavis d’encre) et illustré quelques livres d’artiste (Fata Morgana).
Animations : Propose d'être la conférencière/narratrice de
La Peau racontée, un voyage épidermique à travers la littérature et les civilisations.
Cette vivante histoire littéraire d’un organe méconnu durerait environ 1h30 et pourrait toucher tous les publics passionnés de littérature et soucieux de questions existentielles.
En janvier 2007 paraîtra, aux éditions Folio (Folio 2 euros inédit) Petit éloge de la peau, une histoire littéraire et artistique de notre vivant épiderme, dont est tiré le texte de cette conférence/exploration proposée aujourd’hui.
Sur demande, Régine Detambel pourri dès à présent vous faire parvenir un extrait de ce texte, accompagné du plan de la conférence et de la biobibliographie du Petit éloge de la peau, ou bien, à partir de janvier 2007, l’ouvrage lui-même.
Pour les lieux équipés en conséquence, un cd-rom de 100 fichiers jpeg de reproductions d’œuvres accompagne la conférence. Du retable d’Issenheim aux Concepts spatiaux de Lucio Fontana en passant par le plafond de la Sixtine et les planches d’anatomie de Vésale ; de Mantegna à Bacon en passant par Shitao ; des momies aux portraits du Fayoum, de Bonnard à Beuys, des pages manuscrites aux films de Masamura, la peau se prête également aux images.
Dans certains cas, un atelier d’écriture pourra compléter la conférence. Ce sujet cutané pourra être également mis en lien avec le fonds patrimonial (images d’écorchés, planches anatomiques, documents sur le corps…).
Le coût de la conférence (+ rencontre-débat + dédicace) est de 400 euros + frais de déplacement. Cette exigence financière figure ici à titre indicatif et pourra être révisée à la baisse en fonction de l’enveloppe budgétaire de l’établissement hôte…
A nimatrice d’ateliers d’écriture (ludiques ou thématiques — le corps, l’enfance, les formes brèves, l’Oulipo…), et également formatrice d’animateurs.
Propose également d’autres conférences, notamment sur le thème de l’inspiration (rappel des théories de l’inspiration, de la Bible à Platon, des Romantiques à Freud…) et de la sénescence (vieillir en création : les peintres, les écrivains… qui donnèrent des œuvres majeures dans le temps de leur vieillesse, et étude de l’évolution du regard sur la vieillesse en littérature).