Les auteurs du Languedoc-Roussillon : retour à l'accueil

Fiche auteur

Paula Dumont

Récits

  • Le règne des femmes, fiction philosophique, Éd. L'Harmattan
  • Lettre à une amie hétéro, propos sur l'homophobie ordinaire, Éd. L'Harmattan, 2011
  • La Vie dure, éducation sentimentale d’une lesbienne, récit autobiographique, Éd. L’Harmattan, 2010
  • Mauvais Genre, parcours d’une homosexuelle, récit autobiographique, Éd. L’Harmattan, 2009

Nouvelles

Publiées dans la revue Histoires de genre (atelier d’écriture tenu par Dominique Gauthiez-Rieucau à l’IUFM de Montpellier)

  • Masculinités, recueil 3, IUFM de Montpellier, 2007
  • L’épousée, recueil 4, IUFM de Montpellier, 2008
  • Autres Colette, recueil 4, IUFM de Montpellier, 2008
  • Pour épater les filles, recueil 5, IUFM de Montpellier, 2009.

Extraits

Mauvais genre
Éditions L'Harmattan- 2009

Mauvais genre (couverture)J’ai mauvais genre. Bien qu’étant une femme, j’ai les cheveux courts, comme les messieurs qui ne veulent pas se faire remarquer. En outre, je m’obstine à m’habiller de telle manière qu’on me prend souvent pour un homme. Et ne croyez surtout pas que ce soit manque de coquetterie et que je choisisse mes vêtements au hasard. Mon apparence m’a demandé, tout au long de mon existence, beaucoup d’efforts, de recherches vestimentaires et de sacrifices. Car n’a pas l’air mec qui veut. La graisse s’installant dans des parties du corps différentes suivant qu’on est né fille ou garçon, il faut, pour avoir l’air androgyne, rester mince, s’astreindre en permanence à des régimes draconiens, prendre de l’exercice deux heures par jour et user, en matière d’habillement, de stratagèmes pour dissimuler tout  ce que la silhouette pourrait trahir.
Et non seulement j’ai mauvais genre, mais encore  j’aggrave mon cas en ayant de mauvaises mœurs. Je ne me suis jamais éprise que de femmes et tout compte fait, même si ma jeunesse n’a pas été un parterre de roses, je ne m’en porte pas plus mal quand je vois le sort que bien des hommes réservent à leurs compagnes.
C’est assez dire que mon genre et mes mœurs posent davantage problème aux autres qu’à moi. Je suis une homo pure et douce, je m’en cache le moins possible, je l’ai toujours confié à qui voulait l’entendre et surtout à qui pouvait le supporter sans douleur excessive. En dernier recours, je me préfère toujours aux autres et je n’ai  jamais eu envie de changer quoi que ce soit ni à mon apparence ni à mes attirances. Mais je tiens à préciser aussi que si je suis un garçon manqué, je ne suis pas une personne transsexuelle. Sous mes vêtements virils, il y a un corps de femme auquel rien ne manque, qui m’a procuré bien des joies et que je souhaite conserver le plus longtemps possible dans son intégralité.
J’ai vécu assez longtemps pour savoir que j’appartiens à une certaine catégorie de femmes qui ne sont originales qu’en apparence. Quand je me rends dans une assemblée de deux cents goudous, je repère mes semblables au premier coup d’œil. Sans nous être concertées, nous arborons toutes la même panoplie, ce qui est la preuve que nous avons subi un conditionnement identique. S’il n’y a pas lieu de s’excuser, il n’y a pas davantage matière à pavoiser. C’est pourquoi les homosexuels qui croient appartenir à une essence supérieure me font sourire de pitié, au même titre que les hétéros qui se flattent de leur normalité. Toutes et tous formatés, sans possibilité d’échappatoire, voilà notre lot à tous, homos et hétéros, et c’est sur mon conditionnement que je me suis penchée pour écrire les pages qui suivent.
Car maintenant que j’arrive à l’âge où de nombreux êtres humains ont besoin de faire retour sur leur passé, j’éprouve l’envie irrépressible de revenir sur ma jeunesse et de comprendre ce qui m’a faite ce que je suis. Qu’on n’aille pas, à partir de mon cas particulier, tirer des conclusions aussi  hâtives que générales. Pour avoir tout au long de mon existence fréquenté beaucoup de gays et de lesbiennes, je suis persuadée qu’il y a autant d’homosexualités que d’homosexuels et autant d’hétérosexualités que d’hétérosexuels. Simplement, j’ai voulu chercher ma vérité pour être en paix avec moi-même. De ce retour aux sources, je reviens transformée. C’était donc un voyage nécessaire et essentiel pour moi.
Tous les êtres humains gagneraient à effectuer semblable pèlerinage, surtout ceux qui croient obéir aux lois naturelles et qui sont imbus de leur supériorité sur les marginaux. S’il y a un quelconque avantage à être ce que je suis, il réside dans l’obligation de se remettre constamment en question et d’admettre que rien ne va de soi pour personne. À soixante ans révolus, je regarde mes cicatrices comme  autant d’acquisitions, autant de sujets de réflexion, autant de richesses. Et je suis certaine d’avoir encore devant moi de nombreuses terres à défricher si la Grande Déesse veut bien me prêter vie.

Paula Dumont
Contact :
mail : dumont.paula@wanadoo.fr

Bio : Elle est née en 1946 dans le Doubs et a suivi des études de Lettres à Lyon (licence en 1968, maîtrise en 1969, CAPES en 1971). Elle devient professeure en École Normale de 1972 à 1991, puis professeure à l’IUFM de Montpellier de 1991 à 2006, date de son départ à la retraite.
Elle soutient une thèse d’histoire littéraire en novembre 2001 : Colette et la Grande Guerre, les répercussions de la guerre de 1914-1918 sur l’art et la pensée de Colette.
Elle écrit depuis de nombreuses années. Sa première nouvelle avait paru en novembre 1976 sous le pseudonyme de Pascale Desalins : Le Refuge, dans la revue n° 275 d’Arcadie, mouvement homophile de France. À noter son adhésion au CCH (Collectif Contre l’Homophobie) et sa participation à des cafés et débats dans ce cadre.
L’écriture est pour elle un acte militant. Consciente, depuis qu’elle n’est plus tenue au devoir de réserve, d’avoir enfin la liberté de traiter d’un sujet presque totalement occulté, l’homosexualité féminine, elle souhaite apporter dans ses livres un témoignage honnête sur la situation des lesbiennes.
Ses récits autobiographiques, Mauvais Genre et La Vie dure constituent la seule autobiographie de lesbienne en langue française à ce jour (quarante premières années de vie d’une femme homosexuelle en deux volumes).

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