Valéry Meynadier
Roman
- Ma mère toute bue, 2007, éditions Chèvre-feuille étoilée.
Poésie
- Présent Défendu, poèmes, photographies de Jason Girard & Valéry Meynadier, édité par La Villa des Cent Regards, cent.regards@gmail.com, 2009.
Nouvelles publiées en revues
- Les rêves d’une fille de Rien, 1999, Supérieur Inconnu n°16
- Une mauvaise herbe, 2000, Grèges n°6
- Vu des mots, 2002, Travioles n° 7
- Le théorème du Pou, 2006, Souffles n°213-214
- L’hôtel de Paris, 2007, Souffles n° 217-218 :
- Le chevalier de la Resquille, 2006, Monsieur Toussaint Louverture n°5
- Vous êtes de la grandeur de la mer, 2003, Étoiles d’Encre n°13-14
- Djamila, 2005, Étoiles d’Encre n°21-22
- La porte est dans les cartons avec moi, 2005, Étoiles d’Encre n°23-24
- Elles, 2006, Étoiles d’Encre n°25-26
- Dialogue avec la chance & Disparu dans sa minute, 2007, Étoiles d’Encre n°29-30
- L’éternité tutoyée, 2007, Étoiles d’Encre, n°31-32
- Que la haine repose en paix, prix d’excellence pour la France décerné par le ‘Forum Femmes Méditerranée’ de Marseille, 2006
- Chut !, dans Etoiles d'Encre, n° 37/38, "Secrets de femmes", revue publiée par la maison d'édition Le Chèvre Feuille Etoilée, mars 2009
Scénario
- Coscénariste sur le long-métrage Revivre de Jean-Luc Raynaud
(sélection Cannes 1995, Montréal 95, Dublin 95 - sortie à Paris en novembre 95)
Ateliers d'écriture
Dans le milieu carcéral, collèges et lycées, IUFM, hôpitaux psychiatriques.
En 2006, un recueil de textes de détenus, Intérieur/Extérieur, a été publié avec la Maison d’arrêt de Mende (Lozère), préface de l’auteure.
Anaïs Nin écrit ceci : « Le névrosé est celui qui cache ses rêves à lui-même ; l’homme normal est celui qui cache ses rêves aux autres ; l’artiste est celui qui se sent obligé de rendre ses rêves publics... »
Pour moi, animer un atelier c’est un peu ça : rendre mes rêves publics, les donner aux autres afin qu’ils me donnent les leurs en échange. Et d’ailleurs, si vous faites un carambolage au mot animer, si vous lui faites sauter la lettre N, qu’est ce qui reste ? Aimer et dans l’ordre en plus !
Extraits
Ma mère toute bue
Éditions Chèvre-feuille étoilée - 2007
J’ouvre la porte de l’armoire et te voilà revenue. Mères multiples. Zou dort sur le canapé, à ma place. Je me vêts de tes plus beaux atours. Avant, des amis t’offraient des habits, Cardin, Dior, des lingeries de haute couture ; ils restent là, maintenant pendus de l’armoire. Jour de sortie aujourd’hui mes amis, sur le paysage de mon corps, je les emmène. Je me regarde dans le miroir et je te vois, ta jupe, tes bas, ton soutien-gorge un peu grand, et me voici par-delà l’espace et le temps, presqu’en toi.
Toi en moi.
Je vois pleurer mes yeux sans savoir qui ils voient : Toi ou moi ? Amoureusement, elle s’attarde sur les bottines à lacets en daim, lisse le velours des escarpins rouges et les noirs, tu sais, ceux que je trouvais hideux, que tu voulais jeter juste pour mon bon plaisir, ils se sont embellis, ma mie, dans l’armoire, le souvenir de leur laideur me les rend beaux. Elle chausse les escarpins, Gabrielle, et j’entends le murmure de tes pas. Il me suffit de les mettre, ils me mènent à ton point de chute. Je n’ai pas fait ce que tu as fait. Ou alors, si je l’ai fait, j’ai oublié. J’ai oublié, dis-je. Je n’ai pas d’enfant, pourquoi le faire ? Dans les couloirs de tolérance de la nuit, je moissonne ta servitude. Ton passé est le premier pas de ma mémoire et je pèse, maman, à mesure de ton va-et-vient, je pèse.
Elle est là, Prune ton amie putain.
Gabrielle, ta fille, vous a entendu rire, vous a vu échanger vos chaussures, monter dans la même voiture jaune aux côtés du même homme rabougri. Je m’arrête toujours à la hauteur de Frère marronnier, j’ai beaucoup pleuré sur son épaule. Je l’écorce, nostalgique du temps où je ne savais rien. Parfois, je lui mâchonne l’écorce. Ça m’évite de hurler. Prune ne bouge plus, prostrée. Des voitures s’arrêtent. N’achètent pas. Vieille ? Je n’ai jamais vu Prune de près. C’est ma mère, ou plus exactement la voix de ma mère, car elle, ma mère, je ne l’avais pas reconnue : « Prune, Prune » qu’elle criait, d’une voix opulente, d’une voiture, oui, c’est ma mère qui m’a dit le nom de son amie. Une voiture s’arrête. Prune monte. Claque la portière.
J’ai oublié, dis-je, la sueur de l’homme gras.
Elle mâchonne Gab pour camoufler le tic de sa lèvre supérieure.
Présent défendu
Éditions La Villa des Cent Regards - 2009
Tu te rafales en rafales
Ta chair impérieuse se dresse
Silence !
Les yeux bandés, le silence m’écoute
Tu traduis le réel
Comme les oiseaux traduisent le ciel
Tes signes m’affolent, me dégorgent
Je te lis — lettres gorgées de fruits rouges sur l’archet de mon sang
Tes paumes sont des terrasses où je m’érige
L’impossible se possibilise,
Je foule un sol nouveau : bleu savant, indolore, pénétré de minuits tenaces et d’aubes fouillant tes vêtements —
Parfois bosquets de coton, soie sans manière où je me débrise dans le plus grand secret de mes larmes qui ont la couleur de tes yeux
Tu te prosternes et te fractionnes, indivisible et une en moi
Les mots te tournent autour
Et moi, si je pouvais me tuer de baisers
Soigneusement dépliée en éventail, tu souffles
Sur les berceaux taris, sur les nuits en querelle, dans les serrures qui ne manquent pas d’appeler -
Ensemble – face au temps

mail : valriegabriel@yahoo.fr
Bio : Si j’écris, c’est pour me dire un jour que j’ai inventé ma vie. Que rien de ce qui m’est arrivé, m’est arrivé. Me dire que tout est faux alors que tout est vrai. Écrire, c’est ça : confondre le vrai et le faux, les confondre dans un duel sans merci, sans vainqueur. C’est devenir mon propre personnage. À ma mort, pouvoir me dire : c’est encore de la littérature !
Enfant, je voulais être funambule. J’y ai gagné le vertige. J’en arrive parfois à douter même de ma propre existence. Et j'aime ça.
Je m’appelle valérY Meynadier, née en 1966 à Paris. Baccalauréat.
Et comme je le dis dans mon premier roman : « Il ne faut rien avoir vécu, rien avoir aimé, n’avoir aimé personne, ni rien, pour aimer l’école, rien avoir maudit, désespéré, rien de rien... Besoin de comprendre. Ma vie à moi est en cours depuis trop longtemps, elle est en crue, elle déborde, elle m’emporte, elle me noie. J’ai commencé par la vérité et non par le mensonge comme les autres à l’école. Je ne souffre plus la lumière du soleil qui se défait. Je ne veux pas rentrer. Je vais prendre le large une bonne fois pour toutes, je ne vais pas partir avec une œuvre humanitaire, non, je vais sauver les hommes à ma façon, je vais me faire sacrée terroriste ! »
J’ai arrêté les études.
Je suis devenue une terroriste de l’écriture.