Les auteurs du Languedoc-Roussillon : retour à l'accueil

Fiche auteur

Françoise Renaud

Romans - récits

  • Femmes dans l’herbe, roman, éd. AEDIS, 1999
  • Aujourd’hui la mer est blanche, roman, éd. AEDIS, 2000
  • L’homme d’en face, roman, éd. AEDIS, 2001
  • Sentiers nomades, roman, éd. AEDIS, 2003
  • Assis sur la falaise, récit, CLC éd., 2003 (gravures Alain BAR)
  • Mémoire entre murs, récits, édition privée CE Hôpital Saint-Jean-de-Dieu, 2003
  • L’enfant de ma mère, roman, CLC éd., 2004 (1ère édition épuisée, HB éditions, 1997)
  • Créatures du fleuve, roman, éd. AEDIS, 2004
  • Le regard du père, roman, éd. AEDIS, 2006
  • La peau de dingo, roman, CLC éd., 2006 (peintures de Denis Caporossi)
  • Le voyageur au-dessus de la mer de nuages, roman, éd. GabriAndre, 2008, a obtenu le prix du Manuscrit Régional VALLÉE LIVRES Cévennes 2008
  • L’autre versant du monde, roman, CLC éditions, 2009

Romans jeunesse

  • La princesse de Sambhaar, album jeunesse, illustrations Monique Della Negra, Éd. Le Lutin Malin, collection Enfants du Monde, 2009
  • La peau de dingo, roman d'apprentissage, CLC éd., 2006 (peintures de Denis Caporossi)

Beaux livres

  • Chair de paysage, fragments, calligraphies de Bernard Camus, espaces graphiques de Frédéric Plumerand, CLC éditions, à paraître
  • Asie : figures secrètes, CLC éd., 2007 (photographies de Violette Dougados-Morais). 

Nouvelles

  • En lice, dans Étoiles d’encre, n°37/38 « Secrets de femmes », revue publiée par les éditions le Chèvre Feuille Étoilée, mars 2009
  • Mai 68, échos du Languedoc, éditions Cap Béar, 2008, recueil collectif, Autour des Auteurs.
  • L’homme en pantalons, revue REG’ART, octobre 1998
  • Canicule, encore, revue AUTRE SUD, juin 2002

Radio

  • Claire, soif d’orage, série de dramatiques, réalisation radiophonique par les Ateliers de Création de Radio France, août 2001

Chroniques

Lire des chroniques inédites sur mon site

Interventions

Rencontres autour de la littérature et du métier d'écrivain (librairies, bibliothèques, salons du livre...).
Interventions en milieu scolaire (interviews, autour de l'autobiographie et du récit de vie, ateliers d'écriture...).

Lectures seule ou en duo (avec musicien) :
Cycle 1 de lectures concerts - compagnie des VOYAGES IMMOBILES (VENT DU SUD)

  • Assis sur la falaise, spectacle de création à deux voix - Frédéric TARI : compositions & violon - Françoise RENAUD  : textes & voix (durée 50 mn - adaptable en tous lieux)  
    Laurent DHUME : mise en scène (création mars 2008).
    spectacle Assis sur la falaise   spectacle Assis sur la falaise
    photos © Marc Dantan, 2008
  • Le regard du père, fragments en lecture musicale avec Frédéric TARI
    (durée : 35 mn)
  • La peau de dingo, mise en lecture avec les voix de Laurent DHUME & Françoise RENAUD - Isabelle TOUTAIN à la harpe & Frédéric TARI au violon et ténor (durée : 50 mn)
  • En voyage, texte inédit - mise en lecture avec le concours de Frédéric TARI : violon et ténor (durée : 40 mn)
     
    tarifs sur demande à livremus@free.fr

Extrait

Créatures du Fleuve - roman

éditions AEDIS - 2004

Ces jours-là les filles se promenaient en bandes et attiraient le regard des garçons. Tout exprès elles jacassaient, pouffaient derrière leurs mains, rarement s’approchaient des stands de tir. Elles avaient peu d’inclination pour les armes à feu, préféraient sucer des friandises ou contempler les montres et les bijoux de pacotille enfermés dans des globes en Plexiglas. Quand elles se risquaient sur les manèges lancés à des rythmes endiablés elles criaient à tue-tête et s’étreignaient mutuellement les doigts, augmentant par ce geste le plaisir de l’épouvante causée par la vitesse et par la perspective de la chute. Leurs visages ressemblaient à des petites flaques très pâles, bouches arrondies colorées pour la circonstance alors qu’elles n’étaient encore que des gosses. Elles étaient bien plus farouches que les femmes qui vivaient dans les roulottes. Hilarion le savait et les trouvait même un peu sottes, pourtant il les observait, choisissant les abords de la nuit. Plus commode, pensait-il, pour se replier.
Ah ces petits corps innocents qu’elles avaient et ces regards remplis de fièvre. Quand elles marchaient dans les allées entre les stands elles tiraient sur l’ourlet de leurs robes, et il imaginait dans leur ventre de cire les organes mous et palpitants, sous les vêtements les orifices cachés comme des blessures ou des imperfections honteuses, et il les convoitait. L’ignorance de l’acte rendait ces filles vulnérables.
Chaque fois donc qu’il se concentrait sur un petit groupe, il se trouvait au bord de saisir l’odeur de lait et de savon qui occupait leurs cous. Après quoi l’horizon se teintait de nuances sauvages et une marée de pétales affluait dans sa gorge. La proximité des belles gitanes au clin d’œil et à la gouaille facile participait à son excitation autant que ses exercices de tir de l’après-midi. Un instant il détournait les yeux, malgré tout revenait vers elles et les dévisageait chacune à leur tour : celle-ci aux cheveux tirés en bandeaux telle une figure de tableau médiéval, celle-là gentille aux jambes marquées par des écorchures - piqûres d’insectes infectées à force d’être grattées -, celle-là encore qui s’étreignait les mains et traquait de ses yeux immenses le jaillissement sifflant puis l’épanouissement des premières fleurs du feu d’artifice lancé en cours de soirée par-dessus les bâtiments. Se succédaient des rubans et des corolles incandescentes qui dissimulaient le champ des étoiles et labouraient l’espace hanté d’ordinaire par les chauves-souris et les rapaces en chasse.
Tout en s’extasiant des feux au ciel, les filles se demandaient comment les choses se passeraient la première fois avec un galant, et puis les autres fois jusqu’au jugement dernier. Elles pensaient à cet objet que les hommes dissimulent dans l’étui de leurs pantalons comme un outil de porcelaine, aussi à ces femmes qui le font pour de l’argent et aux animaux exhibés sur les pistes de cirque qui se trémoussent au moindre commandement de leur maître. Elles se figuraient la chambre d’amour pareille à une île de sable avec la lumière qui vibre et aveugle, ensuite elles s’effrayaient comme leurs mères au même âge. À cause de la honte. Honte de leur blessure qui suintait certains jours, honte de l’instrument érigé spécialement pour elles qu’elles découvriraient au cours des premiers attouchements. Tout serait consommé au cours de la nuit dans une grange ou dans une cabane à outils. Elles ne verraient rien du tout, elles crieraient et conserveraient en mémoire la courbure de leurs bras enlaçant le corps du garçon comme s’ils avaient tenus un enfant.
L’espoir d’aimer et d’être aimées les portait hors de l’enfance, espoir de fascination et de bonheur extrême.

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Françoise Renaud
photo © Didier Leclerc, atelier N89
Contact :
mail : renaudfran@free.fr
Site : francoiserenaud.com

Bio : « Les souvenirs me hantent et m’échappent à la fois. J’ignore s’ils veulent me ramener vers la source ou si, conduisant leur vie propre, ils ne constituent finalement que les panneaux mouvants d’un décor.

Depuis mon premier jour jusqu’à l’âge d’étudier, j’ai habité la côte de Jade, pays du sud de la Bretagne. Le climat était doux, les tempêtes d’hiver rageuses. J’aimais le fracas du vent, l’impétuosité de la mer. Mes parents d’origine paysanne tentaient de nous bâtir une bonne existence. Mon père construisait des maisons, ma mère enseigna à l’école des Frères sitôt que leur aînée – handicapée - décéda d’une leucémie à l’âge de neuf ans.
Ce drame constitue l’ossature de mes souvenirs. Mon frère était nourrisson. J’avais tout juste trois ans.

Cependant, époque heureuse de l’enfance : nous courions dans les champs et jouions sur la plage. Après dîner ma mère corrigeait ses cahiers tandis que mon père tressait l’osier en écoutant Radio Armorique. Le dimanche en été, il m’emmenait nager loin de la plage.

Après ça, vivre en internat fut douleur. Exilée à Nantes bien jeune, je me languis de ma famille, de l’océan, et dévorai rayon par rayon la bibliothèque du lycée : Flaubert, Gracq, Baudelaire. À l’épreuve musicale du Bac, je présentai l’Invitation au voyage adapté par Duparc et obtins la note maximum. Il s’avérait que j’étais sensible au mode mineur.

Bientôt la vie étudiante m’offrit de champs de liberté insoupçonnés. Si j’étudiais les sciences naturelles, j’avais par ailleurs soif de « mondes ». Ceux de Georges Bataille et de Yukio Mishima me frappèrent en plein visage.

L’étude de la géologie structurale m’entraîna finalement en Languedoc : mistral, calcaire et cistes blancs. Soupçonnant que la carrière universitaire ne serait pas mienne, j’abandonnai la thèse en cours sur la tectonique des Abruzzes et cherchai mon chemin. J’imaginais « vivre » : faire du théâtre, avoir des aventures, visiter l’Asie et l’Amérique latine.
Au retour de l’île de Java, j’écrivis un récit que j’appelai Kretek. Depuis ce temps-là l’écriture ne m’a plus quittée.

Ecrire, pénétrer à la fois sa propre chair et la matière du monde.

Aujourd’hui je m’émerveille du vol des rapaces et raffole des moules crues. L’hiver je m’exerce dans un dojo, l’été je crawle en pleine mer, des manières personnelles de résister aux convulsions du monde terrestre.
J’aime les univers de Giono, Beckett, Faulkner. Ceux de Nathalie Sarraute et de Claude Simon. D’autres encore.
Au fond mon âme est sombre, au fond je suis désespérée. »

Animations :
• Lectures publiques
• tables rondes
• salons du livre
• intervention en milieu scolaire (collèges-lycées)
• cycle de lectures concerts et spectacles de création (compagnie des Cordes à mon Art - Musique Sans Frontières) avec la collaboration de Frédéric Tari, compositeur et violoniste

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